La route qui monte depuis Brașov tourne brusquement et les murs de la forteresse apparaissent d’un coup au-dessus des arbres. C’est massif. Les habitants saxons de la région ont empilé ces pierres au XIIIe siècle pour se protéger des invasions répétées. Pas de fioritures architecturales ici. Et vous le remarquez tout de suite en passant la première porte de pierre. Le vent souffle fort sur ce plateau calcaire, même par un mardi après-midi de septembre.
L’ingéniosité défensive
Les paysans du coin ont financé et construit cette enceinte eux-mêmes. Ils n’avaient pas d’armée régulière. Leur seule option consistait à s’enfermer à 650 mètres d’altitude avec leurs familles et leur bétail en attendant que les pillards tartares repartent. Le versant est de la colline est tellement abrupt que l’approche s’avérait quasi suicidaire pour les attaquants, ce qui explique pourquoi les murs épais de cinq mètres suivent bêtement les caprices de la roche sans chercher la moindre symétrie. Huit bastions cassent la ligne de défense.
Le trou dans la roche
L’eau posait un problème majeur pendant les longs sièges puisque les réserves d’eau de pluie pourrissaient vite. La tradition locale affirme que les habitants ont forcé deux prisonniers ottomans à creuser un puits à travers la pierre dure en échange de leur liberté. Ils ont frappé la roche pendant dix-sept ans. Vous pouvez voir ce trou béant de 146 mètres de profondeur au milieu de la cour supérieure. Les prisonniers ont gravé des inscriptions sur les parois avant d’achever le travail. On ignore totalement ce qu’ils sont devenus ensuite.
Déambuler dans les ruines
Passez le Barbacane Est et la cour extérieure qui servait autrefois de parc à bétail. Vous arrivez dans une véritable petite ville fortifiée. Ce n’est pas un château vide. Les fondations de 80 maisons se serrent les unes contre les autres le long d’allées étroites pavées de gros galets inégaux. C’était une cité autonome avec son école. Aujourd’hui, quelques bâtisses restaurées abritent des vendeurs d’artisanat et un petit café où un espresso correct coûte 12 Lei. Vous vous promenez entre les murs à moitié écroulés et la vue sur les monts Bucegi au loin coupe court à toute discussion, avec les toits rouges du village en contrebas qui semblent minuscules.
S’y rendre et organiser sa journée
L’accès demande un peu d’organisation depuis que la route forestière est restreinte. Le parking en bas se remplit très vite le matin. Vous devrez laisser votre véhicule et prendre le funiculaire moderne qui grimpe la pente en quelques minutes. Le billet aller-retour pour ce transport coûte environ 15 Lei.
Une fois en haut, l’entrée de la forteresse elle-même vous coûtera 30 Lei par adulte. Prévoyez de la monnaie. Le terminal de carte bancaire de la billetterie perd souvent le réseau à cause de l’épaisseur de la maçonnerie médiévale. Le site ouvre tous les jours à 9h00 et ferme à 18h00. La lumière devient particulièrement intéressante vers 16h00 quand les bus de tourisme commencent à redescendre vers la vallée.
Beaucoup de voyageurs enchaînent Râșnov avec le château de Bran situé à une quinzaine de kilomètres de là. C’est très simple à faire sur une même journée si vous avez une voiture de location. Prenez la route 73 et vous passerez directement de cette forteresse paysanne brute à une résidence royale beaucoup plus aménagée.
