Vous sentez la montée dans vos mollets avant même de franchir les portes de la ville. Sighișoara est posée sur une colline abrupte au beau milieu de la Transylvanie. J’y ai passé quelques jours fin octobre. Le brouillard matinal s’accrochait aux toits en tuiles rouges. C’est une citadelle médiévale où les gens vivent et garent leurs voitures tous les jours. Pas de décor pour touristes. Juste du stuc qui s’écaille et des rues pavées qui usent les semelles.
Les origines saxonnes de l’enceinte
Au XIIe siècle, le roi de Hongrie Géza II a fait venir des artisans allemands pour défendre cette frontière. Ils ont bâti les premières habitations. L’invasion tatare de 1241 a tout détruit sur son passage. Les survivants ont compris la leçon. Dès 1350, ils ont monté un mur de pierre d’un kilomètre de long. D’abord quatre mètres de haut. Puis sept mètres au siècle suivant, quand les techniques de siège se sont améliorées et que de simples palissades ne suffisaient plus à rassurer les marchands locaux.
Les corporations de métiers géraient l’entretien des tours de garde. Il en reste neuf aujourd’hui. Celle des ferblantiers porte encore des traces d’impacts d’un vieux siège sur sa façade ouest.
La maison de Vlad Dracul
Le père de Vlad l’Empaleur a habité ici entre 1431 et 1435. Il attendait simplement de pouvoir récupérer le trône de Valachie. C’est dans ce bâtiment à la façade ocre que Vlad Țepeș est né. Le rez-de-chaussée est devenu un restaurant touristique. Vous pouvez y manger une soupe à l’ail pour 25 lei. Et la salle à manger est souvent pleine le vendredi soir. Ne vous attendez pas à de la grande gastronomie locale. L’intérêt est d’être assis dans la pièce où la famille dînait il y a six cents ans.
Les bâtiments de la ville haute
La tour principale fait 64 mètres de haut. Elle contrôlait l’entrée de la ville. Son horloge mécanique fonctionne avec des figurines en bois qui tournent pour indiquer le jour de la semaine. Le billet d’entrée coûte 30 lei. L’escalier intérieur est étroit et en bois massif, et si vous montez derrière un grand groupe en plein mois de mai vous risquez de passer un bon quart d’heure à piétiner dans la poussière avant d’atteindre le sommet. Le balcon ouvert permet de voir le tracé exact des anciennes fortifications.
Un peu plus loin se trouve l’Église du Monastère. C’est un édifice luthérien très sobre. Le dimanche, le pasteur se poste à la sortie pour serrer la main des paroissiens un par un.
Il faut ensuite monter vers l’Église de la Colline. Le chemin passe par l’Escalier Couvert. Ses 176 marches sont protégées par un toit en bois depuis le XVIIe siècle pour garder les écoliers au sec en hiver. Les marches sont regroupées par six pour représenter les jours de travail. La volée s’arrête sur un petit palier pour le dimanche. L’église en haut abrite une crypte froide où s’alignent une soixantaine de tombes anciennes dans la pénombre.
La place centrale
Piața Cetății forme le centre névralgique du quartier. Les maisons sont peintes en jaune ou en vert délavé. Prenez un café noir à la terrasse du coin. Il vous coûtera environ 12 lei. C’est le meilleur endroit pour regarder les habitants croiser les groupes de visiteurs allemands. En longeant les remparts est, vous tomberez sur la Tour des Cordonniers avec sa base hexagonale très massive.
Arriver et s’organiser sur place
Les trains roumains relient Bucarest à Sighișoara en cinq heures et demie théoriques. En réalité, ajoutez toujours une heure de retard au planning pour les trajets avec la compagnie CFR. La gare se trouve en bas dans la ville moderne, ce qui vous oblige à traverser une zone résidentielle assez banale avant d’attaquer la colline à pied.
La circulation automobile est strictement limitée dans l’enceinte fortifiée. Vous ferez tout en marchant. Prévoyez des chaussures à semelles épaisses pour supporter les pavés inégaux de la vieille ville.
Dormir à l’intérieur des murs change complètement l’expérience. Les rues se vident vers 18h quand les bus repartent. Les pensions locales louent des chambres directement sous les toits médiévaux. Mais attention au calendrier. La ville organise un grand festival fin juillet. Les prix des chambres triplent. Les places sont envahies de scènes musicales et les rues deviennent impraticables si vous cherchez le calme. Visez plutôt le mois de mai ou la fin de l’automne pour voir la ville tourner à son rythme normal.
