Le plateau de Padiș se retrouve souvent noyé dans un brouillard froid, même en plein été. C’est sous ce relief rocailleux que se cache la grotte de Piatra Altarului. Les spéléologues ont découvert ce réseau il y a à peine vingt-cinq ans. Les autorités roumaines l’ont immédiatement classé en catégorie A pour bloquer tout projet de tourisme de masse. Et c’est une décision salvatrice. Vous ne trouverez aucun escalier en métal ni rampe d’éclairage ici.
L’absence totale d’aménagement
La marche d’approche vers l’entrée vous met tout de suite dans l’ambiance avec une boue qui colle lourdement aux chaussures. La cavité n’a subi aucune modification pour faciliter le passage humain. Vous progressez à la seule lumière de votre lampe frontale (prévoyez un modèle qui crache au moins 500 lumens pour percer l’obscurité de ces grands volumes). Le terrain exige des appuis sûrs. Il faut parfois ramper sur la roche humide et se glisser dans des passages étroits avant d’atteindre les zones larges.
Les quatre zones de la cavité
Le réseau souterrain s’étend sur plusieurs kilomètres avec des ambiances très différentes.
La Salle du Palais
Levez les yeux. La voûte culmine à plus de 30 mètres au-dessus de vos têtes. L’eau a dissous la roche pendant des millénaires pour laisser en place d’immenses piliers de calcaire gris. C’est immense. On se sent minuscule sous ce plafond qui résonne à chaque frottement de mousqueton.
La Galerie du Paradis
Un ruisseau souterrain coupe la progression. L’eau coule le long de la paroi sans faire de bruit. Elle présente une teinte laiteuse totalement opaque.
La Salle des Géodes
Des cristaux de calcite blancs tapissent le fond de plusieurs vasques remplies d’une eau transparente. Les Nations Unies ont d’ailleurs utilisé des photographies de ces formations minérales précises pour décorer leurs bureaux à New York au début des années 2000. Vous pouvez facilement passer vingt minutes à juste regarder ces structures sous la surface.
L’Autel des Ours
La dernière étape du parcours abrite des dizaines de squelettes d’ours des cavernes. Les crânes sont posés à même le sol. Ces animaux massifs venaient mourir dans ces galeries, et la poussière minérale a figé leurs ossements depuis la fin de la dernière période glaciaire.
Obtenir le droit de descendre
Oubliez les réservations de billets en ligne. L’Académie Roumaine contrôle les accès avec une rigidité absolue. Vous devez obligatoirement passer par le Club de Spéléologie Politehnica de Cluj pour soumettre un dossier de visite. Seulement quatre guides possèdent l’accréditation officielle pour encadrer une descente. J’ai vu des demandes rester sans réponse pendant des mois. Alors lancez vos démarches dès le mois de mars si vous espérez obtenir une date pour septembre.
Le milieu de la spéléologie considère cette cavité comme l’une des trois plus intéressantes d’Europe. La logistique pour y entrer est lourde. Mais une fois sous terre, le silence brut de la roche justifie largement la paperasse.
Texte adapté et photos reprises de l’ancien site turism-transilvania.ro, via les archives Internet Archive.