La route en terre qui quitte Sălciua de Jos secoue pas mal la suspension de la voiture, surtout au printemps. Vous roulez environ cinq kilomètres dans la vallée avant de buter contre une énorme paroi calcaire. C’est là que s’ouvre Huda lui Papară. Une entaille noire de 40 mètres de haut. Pas de billetterie, pas de barrières. Juste un courant d’air froid qui sent la vase et la rivière souterraine qui sort de la montagne avec un fracas sourd.
Le village sous la pierre
Les habitants du coin ont été très littéraux au moment de nommer les lieux. Le petit hameau collé à la falaise s’appelle Sub Piatra. Et le mot « huda » désigne simplement un trou ou une fosse dans le dialecte local. Une vieille église en bois trône à quelques centaines de mètres de l’entrée, posée sur l’herbe humide. La cavité elle-même fonctionne comme un énorme drain naturel pour la région. Elle avale les ruisseaux de trois vallées différentes qui finissent par se percuter sous terre pour former une cascade particulièrement violente.
La traversée du premier lac
Il faut se mouiller presque immédiatement. La topographie vous oblige à traverser un lac d’une cinquantaine de mètres de long dès les premières minutes. L’eau y dépasse rarement les 8 degrés. Certains utilisent un petit canot pneumatique bon marché pour passer ce cap au sec. D’autres y vont directement à la nage avec une épaisse combinaison. Et ce n’est que le début de la zone aquatique. Vous arrivez vite sur un bloc rocheux massif appelé la Cascade Éventail. La pierre y est recouverte d’une pellicule d’eau permanente qui rend chaque appui fuyant au moment de se hisser, vous obligeant à tâtonner pour trouver des prises minuscules pendant que le courant tape en continu sur vos bottes en caoutchouc.
Les chauves-souris de la grande salle
La progression dans la rivière finit par déboucher sur un espace immense. Le plafond grimpe à près de cent mètres au-dessus du sol. Les lampes frontales classiques peinent à en éclairer le sommet. C’est en hauteur que vit la plus grosse colonie de chauves-souris du continent. Le bruit de leurs battements d’ailes crée un bourdonnement constant contre la roche. On remarque aussi de grosses stalactites suspendues très haut dans le vide. L’odeur d’ammoniaque liée à l’accumulation de guano pique les yeux près des parois, mais on l’oublie assez vite en cherchant son chemin parmi les gros blocs effondrés.
Sécurité et matériel obligatoire
Il n’y a plus aucune infrastructure ici. Les anciennes passerelles d’accès ont été arrachées par une crue il y a plusieurs années. On voit encore quelques morceaux de métal tordus coincés sous les rochers. Ne vous aventurez pas à l’intérieur si le ciel est gris ou si la météo annonce des orages sur le plateau. Le niveau de l’eau monte à une vitesse terrifiante et le lac d’entrée bloque toute retraite en quelques minutes.
Prévoyez une combinaison néoprène intégrale et du matériel de progression sur corde. Le casque est évidemment obligatoire pour éviter les chutes de pierres. La meilleure option reste de contacter un club de spéléologie de la région de Cluj ou d’Alba Iulia pour organiser la sortie. Les équipes de Salvamont doivent régulièrement intervenir pour extraire des groupes qui ont sous-estimé l’isolement du réseau et la morsure du froid.
Texte adapté et photos reprises de l’ancien site turism-transilvania.ro, via les archives Internet Archive.
Photo : Țetcu Mircea Rareș, via Wikimedia Commons
