Tout le monde vient à Bran pour Dracula. Vous faites la queue pendant quarante minutes sous le soleil d’août parmi les perches à selfie pour acheter votre billet d’accès au château. Vous passez les portiques de sécurité. Et là, juste dans le parc en contrebas sur votre droite, se trouve le Muzeul Satului Bran. Les groupes de touristes pressés l’ignorent presque totalement. C’est tant mieux pour vous.
Des fermes entières déplacées sur place
On marche entre de vraies maisons d’époque démontées puis remontées ici planche par planche. L’odeur du vieux chêne chauffé par le soleil prend à la gorge. Vous y trouvez des granges agricoles et de petites bergeries d’altitude appelées stâne. Il y a aussi de lourds berceaux en bois brut posés dans un coin de pièce sombre. C’est brut. Rien n’est lissé pour faire joli devant les appareils photo.
L’ocol întărit et les toits de bardeaux
Les bâtisses de la région de Țara Bârsei ne ressemblent pas aux chalets de montagne habituels. Ce sont souvent des cours fermées et fortifiées qui regroupent la maison et l’étable sous un seul immense toit incliné. Protéger les bêtes des loups et des nuits à -20°C dictait chaque choix de charpente. Vous allez d’ailleurs devoir baisser la tête pour passer les portes extérieures. Les habitations vont de la simple cabane d’une pièce à de grandes structures en pierre dotées d’escaliers symétriques. Une des fermes possède une longue véranda en bois brun nommée tindă. C’est l’endroit parfait pour s’abriter quand les orages d’été éclatent soudainement sur les crêtes des Carpates.
La force de l’eau
Les villageois utilisaient la rivière pour la quasi-totalité des travaux lourds. Le joagăr est une grande scie mécanique entièrement taillée dans le bois et entraînée par la force du courant. Vous tombez ensuite sur des installations massives comme la dârsta. Ça servait au traitement de la laine brute pour assouplir les gros manteaux d’hiver. Le mécanisme complet est exposé avec ses énormes rondins usés par le frottement continu de l’eau et de la pierre.
L’odeur de la fumée froide
Regardez par les petites fenêtres carrées ou entrez directement dans les pièces ouvertes. La vie s’organisait strictement autour du grand poêle en terre cuite. Les lits en planches sont d’ailleurs collés contre les parois du foyer pour récupérer un maximum de chaleur pendant le sommeil. Les murs sont recouverts d’un torchis épais. Une petite icône peinte sous verre trône généralement dans le coin est de la pièce principale. L’espace global est étouffant. On imagine très facilement la fumée constante et la promiscuité d’une famille nombreuse entassée dans quinze mètres carrés pendant de longs mois d’hiver passés à raccommoder des outils en attendant que la boue gèle enfin à l’extérieur.
L’histoire du billet d’entrée
Donc le ticket classique du château n’inclut pas l’accès à ce parc extérieur. Prenez une petite heure pour marcher sur ces chemins de terre avant d’aller affronter le bruit et les marchands de plastique de la rue principale.
Texte adapté et photos reprises de l’ancien site turism-transilvania.ro, via les archives Internet Archive.
