Du béton dans la montagne
La route DN7C monte à 2 042 mètres d’altitude à travers les monts Făgăraș. Vous allez beaucoup solliciter vos freins dans la descente. Et votre embrayage à la montée. L’histoire de cet itinéraire commence bien avant les années 1960. Des ingénieurs voulaient percer cette barrière naturelle pour relier la Valachie à la Transylvanie. Le projet coûtait trop cher et l’idée est restée dans les tiroirs. Nicolae Ceaușescu a fini par relancer le dossier à la fin de la décennie pour des raisons de logistique militaire. Les travaux ont commencé en décembre 1969. Des régiments entiers du génie militaire ont été envoyés sur place avec des ouvriers civils qui venaient chercher une paie nettement supérieure à la moyenne de l’époque, autour de 6000 lei par mois dans les années 70.
Les plans abandonnés de Ceaușescu
Le chantier a changé de dimension en 1971. Le dictateur voulait construire bien plus qu’une simple voie forestière ou militaire. Il prévoyait d’aménager une immense station de ski internationale en haut du col. Ses plans incluaient des patinoires et un grand complexe hôtelier. L’argent a fini par manquer. L’État a coupé les vivres pour financer d’autres infrastructures dans le pays, laissant le tracé asphalté comme seul vestige de cette ambition.
La construction s’est faite à la dynamite. Le percement du versant nord a été particulièrement difficile à cause de la roche très dure. Quarante personnes sont mortes pendant les travaux. Vous passerez d’ailleurs devant deux monuments dédiés aux ouvriers sur le bord de la route : la Porte des Ingénieurs et la Porte de la Rencontre. Je vous conseille de regarder la taille des blocs de pierre taillés autour de ces stèles, ça donne une idée du travail manuel fourni.
Conduire sur la Transfăgărășan aujourd’hui
Le goudronnage complet n’a été terminé qu’en 1980. La voie n’a jamais vraiment servi aux convois militaires à cause de ses virages trop serrés pour les gros camions. C’est le tourisme qui la fait vivre.
La route ouvre généralement fin juin et ferme fin octobre. Les dates exactes dépendent de la neige. Le sommet au niveau du lac Bâlea est très fréquenté en août. Vous y trouverez des marchands de fromage fumé et des saucisses grillées sur des stands improvisés. J’ai payé 35 lei pour un bout de cașcaval l’été dernier. L’endroit est impressionnant par son relief glaciaire complètement brut et dénudé d’arbres.
La préparation de votre trajet
Vérifiez la page Facebook de la CNAIR (la compagnie des routes roumaines) la veille de votre départ. C’est la source la plus fiable pour savoir si la route est ouverte jusqu’au tunnel de Bâlea. Il y a souvent des éboulements mineurs qui bloquent la circulation pendant quelques heures après de fortes pluies. Prenez un pull épais même au mois d’août. Il fait parfois 30 degrés à Sibiu en bas et à peine 8 degrés avec un vent glacial quand vous sortez de la voiture au sommet.
Partez avant 8 heures du matin depuis le village de Cârțișoara si vous montez par le versant nord. La lumière matinale éclaire parfaitement les lacets de la vallée pour faire des photos nettes. Surtout, cela vous permet de vous garer en haut. Le parking payant du lac Bâlea coûte 10 lei de l’heure et il se remplit vite. Passé 11 heures en haute saison, les conducteurs finissent par se garer sur les accotements rocailleux, ce qui réduit la largeur de la voie et crée des embouteillages d’une heure juste pour passer le tunnel sommital. Vous n’avez pas envie de faire chauffer votre moteur dans une file d’attente à l’arrêt en pleine pente.
