La route 14A quitte Târnăveni pour traverser une succession de collines agricoles assez monotones. Vous roulez une vingtaine de minutes en direction de Blaj. Et là, juste au bord de la rivière Târnava Mică, un immense bâtiment blanc aux toits en bulbe attire l’œil sur le côté gauche. Ça n’a rien à voir avec les châteaux sombres perchés sur des crêtes que l’on associe habituellement à la région. Les habitants l’appellent souvent le château Haller à cause d’un changement de propriétaire au XIXe siècle. Peu importe le nom. La bâtisse surprend par sa taille brute posée au beau milieu d’un paysage rural très simple.
L’illusion d’un complexe militaire
Cinq grosses tours rondes encadrent la structure principale. Quatre occupent les angles et une cinquième est plaquée directement sur la façade avant. On pourrait facilement croire à un ouvrage défensif. Ce n’est absolument pas le cas. Ştefan Bethlen a fait construire ce bâtiment vers 1600. Son frère siégeait alors comme prince de Transylvanie. L’idée de Ştefan était simplement d’afficher sa richesse face aux marchands locaux. Le plan intérieur s’organise autour d’un immense sous-sol voûté. Au-dessus se trouvent le rez-de-chaussée et l’étage noble. Il n’y a aucune cour intérieure pour aérer l’espace. Cela donne à l’ensemble l’allure d’un bloc monolithique lourd,.
Du faste baroque aux bouteilles de vin
Miklos Bethlen a repris les choses en main en 1773. Ce dignitaire a injecté une forte dose d’aménagements baroques dans les pièces pour casser la sévérité des murs. Une dalle gravée en latin au dos du bâtiment date précisément la fin de ce chantier. La famille Haller a ensuite racheté les murs à la fin des années 1800. La suite de l’histoire suit la trajectoire classique des grandes propriétés roumaines au siècle dernier. Le régime communiste a tout confisqué pour y installer une usine de production de champagne. C’est assez étrange d’imaginer des lignes d’embouteillage industrielles tourner à plein régime sous des plafonds du XVIIe siècle conçus pour l’aristocratie hongroise.
Comment s’organiser pour entrer
Le domaine a fini par repasser dans le privé. Un long chantier de restauration a démarré en 2003 pour sauver ce qui pouvait l’être. Les ouvriers ont déjà consolidé les caves et refait les escaliers principaux en pierre. Les visites se font strictement sur réservation. Un gardien vous ouvre la porte et vous laisse explorer les grandes pièces vides du rez-de-chaussée.
Texte adapté et photos reprises de l’ancien site turism-transilvania.ro, via les archives Internet Archive.
Photo : Szász András, via Wikimedia Commons
