Transylvania
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Église fortifiée de Cârța

La route E68 relie Făgăraș à Sibiu en ligne presque droite. Vous roulez à travers des villages saxons aux façades pastel étirées le long de l’asphalte. À Cârța, l’horizon change. Les ruines de l’abbaye cistercienne cassent la symétrie des toits avec leurs murs de pierre grise amputés de leur toiture. L’édifice principal a perdu sa nef.

Les moines constructeurs et la colère d’un roi

L’ordre cistercien est arrivé de Bourgogne en 1202 pour s’installer sur ces terres marécageuses. Le roi André II de Hongrie avait cédé le domaine au voïvode Benedict. La construction s’est achevée vers 1206. Les invasions tatares de 1241 ont presque tout rasé. Les moines ont reconstruit le complexe en l’entourant de remparts défensifs. Mais l’enceinte fortifiée n’a pas suffi à garantir leur survie à long terme. Le roi Matthias Corvin a ordonné la fermeture définitive de l’abbaye en 1474. Les villageois ne supportaient plus les impôts écrasants exigés par l’abbé Raymund Barenfus et le roi a fini par trancher. Les moines ont été expulsés. Le chœur est resté debout. Une petite porte en bois donne accès à la cour intérieure dominée par l’abside intacte. Les bâtisseurs du XIIIe siècle ont sculpté des motifs de tournesols sur les clés de voûte et installé des fenêtres rondes massives qui filtrent une lumière verdâtre à cause des grands arbres plantés tout autour du site. Le mur sud des cellules monastiques tient encore debout, percé de grandes arcades vides où le vent s’engouffre les jours de tempête avec un sifflement grave qui résonne dans tout le village. La nef centrale n’a plus de plafond. L’herbe y pousse dru. Les offices luthériens se tiennent toujours dans la partie fermée du chœur.

Le cimetière et le moulin

Un cimetière occupe l’espace de l’ancienne nef à ciel ouvert. Des croix de pierre alignées marquent les tombes de soldats allemands tombés dans la région pendant la Première Guerre mondiale. L’inscription sur la plaque commémorative près de l’entrée est à peine lisible sous la mousse. Dans le fond de la cour, un vieux moulin à marteaux en bois retient l’attention. Les cisterciens utilisaient la force de l’eau pour forger le fer et fouler la laine. Le mécanisme grinçant est partiellement bloqué par des branches mortes accumulées depuis le dernier orage violent.

Informations pratiques

Le site se trouve à 45 kilomètres de Sibiu. Prévoyez une petite demi-heure sur place. La dame qui vend les billets à l’entrée ne parle pas anglais, préparez l’appoint en espèces pour éviter les complications avec la monnaie. Les panneaux explicatifs manquent de clarté. Prenez plutôt le temps d’observer les traces d’incendie noircies sur les pierres de la tour ouest. Reprenez ensuite la route vers les montagnes.

Texte adapté et photos reprises de l’ancien site turism-transilvania.ro, via les archives Internet Archive.