Transylvania
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L’église fortifiée de Dârjiu en pays sicule

La route DJ137 depuis Odorheiu Secuiesc est souvent bien abîmée à la sortie de l’hiver. Vous roulez pendant une quarantaine de minutes en évitant les nids-de-poule, et le paysage devient soudain très sec. Dârjiu apparaît au bout d’une ligne droite. C’est une grande église blanche ceinturée par un mur de pierre massif au milieu des maisons villageoises. La communauté sicule a construit ce complexe au XIIIe siècle pour se protéger, et l’UNESCO l’a classé au patrimoine mondial en 1999.

Des murs de défense adaptés au terrain

Les paysans du Moyen Âge n’avaient pas d’ingénieurs militaires. Mais les Ottomans attaquaient la région presque chaque année au XVe siècle. Ils ont donc pris l’église romane existante et ont monté des remparts tout autour pour survivre. Le résultat est brutal et efficace.

Contrairement aux immenses forteresses saxonnes qu’on visite ailleurs en Transylvanie, les murs de Dârjiu dépassent à peine les cinq mètres de haut sur certaines sections. Le village est de toute façon perché sur une colline raide. Les assaillants arrivaient déjà épuisés au pied de l’enceinte. Le système de défense reposait sur un sas étroit coincé entre deux lourdes portes en chêne. Quand les attaquants cassaient la première porte, ils se retrouvaient bloqués dans une petite cour fermée pendant que les défenseurs vidaient des chaudrons de goudron bouillant depuis le chemin de ronde supérieur, ce qui réglait le problème de l’intrusion assez rapidement sur ce flanc-là.

Les peintures sous le plâtre

La Réforme protestante a radicalement changé l’intérieur du bâtiment au XVIe siècle. Les nouveaux fidèles unitariens ont recouvert toutes les fresques catholiques avec une épaisse couche de chaux blanche. C’était la règle à l’époque. Cette couche de plâtre a ironiquement protégé les œuvres pendant trois cents ans.

En 1887, on a gratté un pan de mur par hasard et trouvé des pigments rouges. Aujourd’hui, vous pouvez voir une série de scènes intactes racontant la légende du roi Ladislas Ier de Hongrie. C’est violent et très graphique. Le roi poursuit un guerrier couman qui a enlevé une jeune fille, ils se battent à l’épée et la captive finit par trancher le tendon d’Achille de l’agresseur avec une hachette. Les villageois aimaient cette histoire sanglante parce qu’elle justifiait politiquement leurs propres guerres de frontières perpétuelles.

Logistique et accès

Oubliez les bus régionaux pour venir ici. Il faut votre propre véhicule. Garez-vous simplement sur l’herbe devant l’entrée principale car il n’y a pas de parking officiel et la rue est de toute façon assez large. Le billet d’entrée coûte 15 lei.

Vous payez directement en espèces à la personne qui vous ouvre la porte. J’y suis allé un jeudi matin fin octobre et j’ai dû appeler le numéro de téléphone affiché sur un panneau en bois à l’entrée pour que quelqu’un vienne avec les clés. La voisine est arrivée cinq minutes plus tard avec un trousseau métallique. Elle ne parlait pas vraiment anglais mais elle connaissait l’année d’abattage de chaque poutre du clocher. Avant de repartir, regardez les énormes coffres en bois alignés sous les arcades. Les familles du village y stockaient leurs céréales et leurs réserves de lard fumé pour tenir le coup en cas de siège prolongé.