Vous quittez la route E60 à la hauteur de Rupea. Le bitume disparaît vite au profit d’une piste de terre et de graviers. Vous roulez au pas pendant quelques kilomètres avant d’apercevoir les toits rouges de Viscri. Le village compte à peine 500 habitants. L’attraction principale se dresse au bout de la grande rue de terre battue. L’église fortifiée saxonne.
Elle est classée par l’UNESCO depuis 1999. Ce statut attire beaucoup de monde en été, prévoyez d’arriver avant 10h pour éviter de croiser les bus de circuits organisés qui encombrent l’entrée du village.
Des murs construits pour résister
Les colons saxons ont d’abord bâti une petite chapelle au XIIe siècle. Les invasions ottomanes ont vite changé les priorités de la région. Au lieu de fuir, les habitants ont fortifié leur lieu de culte. Ils ont monté de hauts murs d’enceinte et percé des meurtrières épaisses dans la pierre blanche. Le résultat est massif. Une tour de guet permettait de voir arriver les assaillants depuis la vallée voisine. Aujourd’hui on peut grimper tout en haut par un escalier en bois extrêmement raide, les marches craquent fort sous les chaussures et la rampe est minimale. La vue sur les collines vaut l’effort.
L’intérieur de la nef
Il fait souvent très froid à l’intérieur de l’édifice, même si vous venez au mois d’août. La lumière entre difficilement par les fenêtres étroites. Le mobilier en bois peint donne un peu de couleur à la pièce. Vous remarquerez des bancs anciens usés par les siècles et un autel de la fin de la période gothique. Les Saxons de Transylvanie étaient des hommes libres qui ne dépendaient d’aucun seigneur local. Cette indépendance se ressent dans la disposition très pragmatique de l’église, conçue avant tout pour rassembler et protéger la communauté villageoise lors des sièges qui pouvaient s’étirer sur des semaines entières.
Le musée dans les anciens remparts
Les galeries défensives abritent un musée paysan. Autrefois, les villageois y stockaient leurs réserves de grain et de lard pour tenir pendant les attaques. On y trouve maintenant des objets de la vie courante. Des costumes traditionnels brodés. Des outils agricoles en fer forgé dont on ne saisit pas toujours l’utilité exacte du premier coup d’œil. Les registres indiquent qu’autour de l’année 1500, Viscri comptait exactement 51 foyers. Rien n’est mis sous cloche de façon ultra-moderne, les objets sont posés simplement dans les alcôves de pierre.
Le facteur Charles III
La communauté d’origine a massivement quitté la Roumanie après la chute du communisme. Il reste à peine une douzaine de Saxons sur place. Et puis le prince de Galles, devenu le roi Charles III, a acheté une ferme au numéro 163 en 1996. Il vient régulièrement s’y reposer. Cela a radicalement changé l’économie locale. Les façades bleues et ocre ont été restaurées avec des techniques traditionnelles. Vous pouvez d’ailleurs louer la « Maison Royale » pour y dormir quand la famille britannique n’y est pas, comptez environ 100 à 150 euros la nuit selon la saison. L’argent de ces locations aide à financer les projets de la fondation locale.
Infos pratiques pour la visite
L’accès en voiture est la seule option réaliste. Une fois sur place, vous devez obligatoirement laisser votre véhicule sur le grand parking de terre aménagé à l’entrée du village. Les habitants ont interdit la circulation dans la rue principale pour protéger les fondations des maisons fragilisées par les vibrations des moteurs.
La marche jusqu’à l’église prend dix minutes au milieu des oies qui se promènent en liberté. Le billet d’entrée coûte 15 lei. L’accès est possible d’avril à octobre. Attention, le gardien ferme parfois la lourde porte en bois entre 13h et 14h pour aller manger. Prévoyez de la monnaie, le terminal de carte bancaire capte très mal le réseau dans cette cuvette et la transaction échoue une fois sur deux.
