Vous quittez Cluj-Napoca par la route E576. Quarante minutes de trajet souvent ralenti par les camions, et vous arrivez à Bontida. Le château Bánffy se dresse au bout du village. On l’appelle souvent le Versailles de Transylvanie. Aujourd’hui, il ressemble surtout à un immense chantier à ciel ouvert. C’est exactement pour ça qu’il faut y aller. Vous ne visitez pas un musée figé dans le temps. Vous marchez au milieu d’une restauration qui va prendre encore des décennies.
Les fondations d’un domaine hors norme
Denes Bánffy a fait construire une forteresse ici au XVIe siècle. Un architecte italien a dessiné les plans d’origine. Mais le domaine a vraiment pris son ampleur pendant le siècle des Lumières sous l’impulsion de son descendant. Il a transformé la structure militaire en un palais baroque avec deux grandes ailes en U. C’est lui qui a ajouté les immenses écuries. Le détail le plus fou reste le parc aménagé au bord de la rivière Someș. Il y avait un grand lac artificiel pour les réceptions de l’époque.
La destruction de 1944
L’armée allemande a réquisitionné les bâtiments à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour installer un hôpital militaire. La famille a dû fuir en urgence. En 1945, lors de leur retraite, les troupes nazies ont méthodiquement ravagé le domaine. Ils ont mis le feu aux pièces principales. La grande bibliothèque a entièrement brûlé. Nicolae Bánffy essayait de négocier secrètement une alliance entre la Hongrie et la Roumanie contre l’Allemagne. Les soldats le savaient. Le résultat est brutal. Le toit s’est effondré et la propriété est restée ouverte aux intempéries pendant cinquante ans. Des villageois venaient même récupérer des pierres pour construire leurs propres maisons.
Un chantier colossal
Le Transylvanian Heritage Trust a repris les choses en main à partir de 1999. Les équipes reconstruisent les façades en utilisant les techniques de l’époque. Les tailleurs de pierre travaillent parfois directement dans la cour principale. Vous pouvez voir les ailes terminées avec leurs murs jaunes impeccables juste à côté des parties encore noircies par l’incendie. Et puis il y a le festival Electric Castle. Chaque mois de juillet, le site se remplit de scènes géantes et de milliers de festivaliers qui campent dans les champs autour. Les basses font trembler la pierre pendant cinq jours. Les revenus des billets financent une bonne partie des travaux actuels.
Ce qu’il faut savoir sur place
L’entrée coûte 20 lei. Prévoyez du liquide. Le terminal de paiement par carte à la billetterie perd souvent le réseau à cause de l’épaisseur des vieux murs. Le site est ouvert tous les jours de 10h à 20h en été. L’hiver, ils ferment à 16h dès que la nuit tombe. Si vous venez en bus depuis Cluj, les minibus partent de la gare routière et vous déposent au centre de Bontida. Il reste environ dix minutes de marche sur un chemin de terre. Mettez des chaussures fermées. Les pavés de la cour sont inégaux et il y a pas mal de poussière près des ateliers de restauration. Une fois sur place, prenez juste le temps de marcher jusqu’à la rivière au fond de l’ancien parc.
