Quand vous roulez sur la route DN14 entre Sibiu et Mediaș, les ruines en briques rouges de Slimnic apparaissent soudainement sur une colline à votre gauche. La plupart des voitures tracent sans s’arrêter. C’est une erreur. La Cetatea Ţărănească (forteresse paysanne) n’est pas un château lissé au plâtre pour attirer les foules. Les murs s’effritent. L’herbe pousse au milieu de la cour. Mais vous avez ici un accès brut à l’histoire locale. Je vous conseille de prévoir une petite heure sur place.
Une église transformée en base militaire
Le plan initial du XIVe siècle prévoyait une immense basilique. Elle n’a jamais vu le jour. Les invasions ottomanes répétées ont forcé les habitants à stopper le chantier religieux pour construire en urgence une citadelle défensive. Ioan Zapolya a pris le contrôle du site au XVIe siècle. Ensuite, les troupes de Moise Secuiul s’en sont emparées en 1602. Les Autrichiens ont fini par dynamiter l’édifice au début du XVIIIe siècle pendant la rébellion des Kuruc. Les traces de ces explosions sont encore très nettes sur le flanc sud de la colline. Un morceau de muraille repose exactement là où il a glissé il y a trois cents ans.
Les dégâts du temps
L’abandon a fait plus de ravages que les armées. Au milieu du XIXe siècle, les parois de l’église inachevée ont commencé à céder sous leur propre poids. La petite tour sud-est a complètement disparu en 1870. Une des cloches principales a même été réquisitionnée pendant la Première Guerre mondiale pour être fondue. Et pourtant, le bâtiment tient encore debout. Les autorités communistes ont coulé un peu de béton dans les années 1950 pour figer les murs restants. Le contraste entre les briques médiévales et le ciment gris de cette époque est assez brutal. Il y a trois cloches qui fonctionnent toujours dans le donjon principal. Personne ne sait exactement comment elles ont survécu aux décennies de pillages.
La tour du lard
Les paysans du village utilisaient le bastion nord comme réfrigérateur géant. C’est le fameux « turnul slăninilor ». Les courants d’air froids qui traversent la maçonnerie permettaient de conserver la viande pendant tout l’été. Le sonneur de cloches gardait l’entrée. Il prélevait environ un kilo de lard par famille en guise de paiement pour la saison. En entrant dans l’enceinte, regardez immédiatement sur votre droite. Vous verrez les hautes arcades qui devaient soutenir la nef centrale. Elles donnent une idée de l’échelle colossale du projet initial. J’ai remarqué qu’elles sont beaucoup plus sombres à la base, probablement à cause de l’humidité du sol argileux.
Monter au beffroi
Le gardien à l’entrée vous remettra un petit dépliant imprimé sur du papier assez fin. Prenez-le. Il contient le seul plan fiable du site. Vous pouvez grimper en haut du beffroi par un escalier en bois plutôt raide. La vue porte sur les toits en tuiles de Slimnic et les champs agricoles des vallées voisines. Il n’y a pas de barrières de sécurité partout. Faites attention où vous mettez les pieds. Surtout près des anciennes meurtrières. L’endroit est très silencieux. On entend juste le vent et parfois les aboiements des chiens dans les cours en contrebas.
Texte adapté et photos reprises de l’ancien site turism-transilvania.ro, via les archives Internet Archive.
Photo : Cristiana Otilia Lemaitre, via Wikimedia Commons
