Vous roulez à environ 30 kilomètres au nord de Cluj-Napoca et vous tombez sur Dăbâca. Il faut chercher un peu le panneau rouillé près de l’épicerie du village. Les herbes hautes recouvrent les fondations de ce qui fut la principale forteresse de la région au IXe siècle. C’est immense. On se gare sur le bas-côté de la route DJ161 pour grimper la colline, et on réalise vite l’échelle du site en butant contre les anciens remparts de terre qui formaient la première ligne de défense.
Origines et murs de pierre
Le parchemin le plus ancien qui cite cet endroit date de 1214. Mais le bois d’origine a été coupé trois cents ans plus tôt. Les bâtisseurs ont dressé des murs de trois mètres d’épaisseur pour garder un œil sur les convois de sel. Cette ressource valait littéralement de l’or. Les Mongols ont rasé le site au XIIIe siècle. Les habitants l’ont reconstruit. Et puis la forteresse a fini par être complètement abandonnée.
Une grande partie des blocs taillés a d’ailleurs fini dans les murs du château Teleki un peu plus bas dans la vallée (la grande façade ocre que l’on voit en arrivant par le sud). Les archéologues locaux cherchent encore des traces du mythique chef Gelu sous les couches de terre. Sans grand succès pour le moment.
Les géants de la nuit
Demandez aux vieux du village qui a empilé ces rochers. Ils vous répondront souvent que ce sont les « Urieși ». Des géants. Selon eux, ces hommes portaient des blocs de sel sur leur dos en plein soleil et s’enfermaient derrière les palissades à la nuit tombée par peur des paysans locaux.
L’explication historique est un peu plus crue. Les Petchénègues contrôlaient la zone. Leurs cavaliers terrifiaient tellement la population qu’on les appelait les géants. L’image est restée figée dans la mémoire locale au point de devenir un simple conte pour enfants.
Ce qu’il reste à voir sur place
N’attendez pas de billetterie en bois ni de visites guidées programmées à 10h30. Le site est brut. Vous marchez sur des buttes envahies par les ronces et l’herbe grasse. Il faut baisser les yeux. Les bases de la première muraille sortent de terre par endroits. Les anciens fossés sont devenus de simples creux dans le paysage où les bergers font parfois paître leurs moutons.
Pour comprendre l’ampleur de cette ancienne base militaire, le mieux est de monter sur le point le plus haut de la colline. De là-haut, on voit toute la vallée de la rivière Lonea. Le vent souffle généralement fort. Et on redescend tranquillement vers la voiture quand on a fini d’explorer les talus.
Texte adapté et photos reprises de l’ancien site turism-transilvania.ro, via les archives Internet Archive.
Photo : Țetcu Mircea Rareș, via Wikimedia Commons
